Le contrôle de gestion
consiste à organiser le pilotage autour
d’une segmentation de l’entreprise en centres
de responsabilité. Cela suppose la mise en place de tableaux de bords adaptés. Ces derniers doivent découler des
priorités stratégiques tout en exploitant au mieux les marges de manœuvre
locales.
I.
Distinguer les centres de
responsabilité
Qu’est-ce qu’un centre de responsabilité ?
C’est une unité organisationnelle définie par un ensemble de
tâches à réaliser, un responsable et des processus clairement identifiés.
Le découpage de l’entreprise en centres de responsabilité
doit être cohérente avec la structure organisationnelle. De même, la structure
comptable devra être adaptée si nécessaire.
Le découpage de l’entreprise en centres de responsabilité
repose sur :
_ la
possibilité d’isoler les responsabilités de chaque manager,
_ la
capacité de la Direction Générale à déléguer une partie de son pouvoir,
_ la
capacité de la Direction Générale à gérer les conflits entre intérêts locaux et
globaux tout en conservant la dynamique propre à la décentralisation.
La décentralisation doit donc être adaptée au degré
d’autonomie réelle des unités. Il doit y avoir cohérence entre les principes
structurant le pilotage, les modes d’évaluation des responsables, les contenus
des activités et les compétences.
Typologie des centres de responsabilité
On distingue :
_ le centre de coût : la mesure des
performances financières du responsable se fait sous forme d’une norme de coût
à respecter.
_ le centre de chiffre d’affaires : l’objectif
est le volume ou la valeur des ventes (directions commerciales).
_ le centre de profit : le
responsable a un objectif de résultat à atteindre. Il doit combiner au mieux
charges et produits. La mesure de la performance repose sur un compte de résultat
propre au centre de responsabilité.
_ le centre d’investissement : sa
performance est évaluée sur des critères de rentabilité des investissements
(ROI).
Quels sont les avantages à décentraliser la responsabilité du
profit ?
_
motiver les responsables qui sont à même de choisir le meilleur équilibre entre
charges et produits,
_
mesurer la contribution de chaque centre de profit au profit de l’ensemble de
l’entreprise.
A condition de choisir des indicateurs financiers qui motivent les responsables dans
le sens des objectifs de l’entreprise.
II.
Décentralisation : enjeux,
contraintes et contrats
Le principe de la décentralisation est de déléguer toute une partie du pouvoir de décision à différents
niveaux de l’organisation. Cela suppose de tenir compte des leviers sur
lesquels chacun peut agir et des modalités (règles, calendrier de rencontre,
indicateurs…). Il faut donc rechercher en permanence l’équilibre entre les
contraintes pour les dirigeants et celles pour les managers individuels.
L’évolution permanente de la technologie, des marchés sur
lesquels l’entreprise se développe et de ses ressources humaines, déplace
constamment le point d’équilibre idéal entre centralisation et décentralisation.
Cette décentralisation des responsabilités passe par
l’élaboration de contrats entre centres de responsabilité.
Deux types de contrats sont fréquemment rencontrés :
_ les contrats objectifs-moyens :
ils explicitent les objectifs à
atteindre, et sont générallement assortis d’une allocation de moyens et d’une analyse des actions permettant
d’atteindre les objectifs définis.
_ les contrats clients-fournisseurs qui
portent sur un échange de biens ou de
services obéissant à des critères de coût, délai, qualité et sont
générallement assortis d’une rémunération des prestations effectuées.
Les contrats étant à priori bilatéral, comment situer le rôle
des directions fonctionnelles (DRH, informatique…) ou comment s’organise la
coordination entre les services ?
III.
S’appuyer sur la notion de
contrôlabilité
_ Mesure et maîtrise des
coûts/performance
Gérer par centres de responsabilité suppose de mesurer et
maîtriser les coûts et les performances, ce qui nécessite de la compétence, du bon sens, du pouvoir et
de la volonté.
Le suivi des coûts
directs est le minimum indispensable. Il faut également s’interroger sur
les facteurs de causalité des coûts et des performances et éventuellement
revoir les allocations.
_ Le principale
de contrôlabilité
Un couple coût /
performance est contrôlable par un manager lorsque celui-ci
·
Est
le plus compétent pour agir le plus efficacement possible sur le couple
coût/performance,
·
A
reçu la délégation de pouvoir et l’autonomie opérationnelle pour agir
sur ce couple coût/performance,
·
Est
soumis vis-à-vis de l’autorité centrale à une obligation de résultat.
Une précaution supplémentaire sera de s’assurer que tout
coût/ toute performance est effectivement contrôlable par un responsable,
notamment en partant des priorités
stratégiques.
Très souvent les couples coûts/performances sont
co-contrôlables et convient d’en affecter la responsabilité à plusieurs
personnes.
_ Les limites du
principe de contrôlabilité
Il faut garder à l’esprit qu’un manager ne peut être
responsable que des coûts et des performances sur lesquels il a une
possibilité d’action. De plus, un responsable de ces contrôles doit être
désigné.
Pour autant, certains éléments sont incontrôlables :
catastrophes naturelles, évolution du marché, nouvelles règlementations.
Certains éléments dépendent d’autres responsables.
Exemple : l’efficacité commerciale
dépend du niveau de qualité en
production.
L’objectif est de rechercher la meilleure adéquation possible
entre des objectifs à atteindre et
des marges de manœuvre réparties entre les différents responsables.
Cette notion de responsabilité
partagée permet de prendre en compte les interdépendances.
IV.
Valoriser les échanges entre centres
de responsabilité
La définition du prix de cession interne
La régulation des activités en centre de responsabilité repose souvent sur l’élaboration et la
négociation des contrats internes. Mais comment valoriser les biens et les
services échangés ?
La fixation d’un prix
de cession interne pose des problèmes d’optimisation globale et de
motivation des différents responsables. Les décisions prises par chaque
partenaire reposeront sur le rapprochement des revenus marginaux et des coûts
marginaux : tant que le prix de cession interne sera supérieur à son
coût marginal, la division A aura alors intérêt à produire jusqu’à saturation
de sa capacité. Lorsque le prix de cession interne est égal au coût marginal,
la division A ne couvre plus ses frais
fixes.
La pratique en matière de prix de cession interne
En pratique, les modes de fixation les plus courants sont
basés sur :
_ le coût complet : on refacture ce qui
est consommé,
_ le prix de marché : on place les
unités en situation de compétition avec le marché
externe,
_ un prix négocié de manière bilatéral entre
les 2 unités.
Un risque de cloisonnement entre unités
Le principal risque associé à la fixation de PCI est la perte de solidarité entre les unités.
Il apparaît donc essentiel de relier le PCI au contexte stratégique de l’entreprise.
V.
Définir des critères financiers
d’évaluation des centres d’investissement
La mise en place d’une gestion par centres de responsabilité
débouche sur la définition de véritables micro- entreprises au sein de l’organisation.
Deux besoins apparaissent pour la Direction Générale :
_ un
besoin de critères d’évaluation de la
performance financière de chaque centre,
_ un
besoin d’outils de fixer des objectifs de performance aux managers à partir d’une
bonne compréhension des contributions respectives des différents centres à la
rentabilité globale.
Un centre d’investissement
est un centre de profit ayant en
plus la responsabilité de tout ou partie de son bilan. Cela nécessite l’évaluation
des postes du bilan dont il a le contrôle.
L’affectation d’un bilan à un centre de responsabilité
L’objectif est de décentraliser les postes du bilan entre les
différentes unités.
Les immobilisations corporelles (terrains, construction…)
peuvent en général être affectées à un centre sans contestation possible. Il
est notamment possible de les comptabiliser à la valeur d’usage ou de remplacement.
L’affectation des créances
et des dettes d’exploitation implique une gestion décentralisée des comptes
clients et des comptes fournisseurs qui n’est possible et efficace que si la
proportion des clients et fournisseurs communs à plusieurs divisions est très
faible.
Deux critères classiques : le ROI et le Bénéfice Résiduel
ROI = Bénéfice réalisé
/ Investissement réalisé
BR = Bénéfice réalisé –
(coût du capital * investissement réalisé)
Un centre d’investissement devra donc :
_
accroître le chiffre d’affaires réalisé,
_
diminuer les coûts,
_
diminuer les actifs.
La mise en œuvre de ces critères suppose de fixer des options :
_ le
mode de calcul du bénéfice réalisé (résultat d’exploitation, résultat net…)
qui peut être dépendant du prix de
cession interne),
_ le
mode de calcul de l’investissement réalisé.
Si les critères financiers (ROI et bénéfice résiduel)
présentent des avantages indéniables pour responsabiliser des managers sur la rentabilité du capital, il faut
absolument tenir compte du contexte
stratégique avant de les mettre en œuvre. Il convient de les associer à d’autres
éléments non financiers (qualité,
service client) permettant de fixer des objectifs et d’éviter des effets
pervers.